Lire l’original sur Smashboards (en anglais)

Cet article avait été perdu lors d’un problème technique de serveurs sur ShieldBreakFast. Le revoilà !

Tirer des leçons de son jeu

Dans les deux premiers articles de cette série, ce que j’ai écrit a surtout servi à vous donner des idées et à vous faire réfléchir. Ce n’est pas le cas de cette section : dans cet article de la série, vous allez agir. Vous lisez cette phrase ? Arrêtez-vous là. Levez-vous, étirez-vous, levez les mains le plus haut possible. C’est fait ? Vous pouvez reprendre votre lecture.

Si vous n’avez pas eu la discipline nécessaire pour faire cet exercice simple, je ne peux pas vous aider à vous améliorer à Smash. Si vous l’avez fait, très bien : je vais vous donner une série d’instructions, et si vous voulez vraiment devenir bon, vous allez le faire. L’essentiel de l’apprentissage de ce jeu se fait par tâtonnements, et ceci va structurer votre processus d’apprentissage et le rendre plus efficace.

Allumez Melee. Prenez votre main, le seul personnage que vous cherchez à jouer à haut niveau, et allez en training mode sur n’importe quel stage. À ce moment-là, faites une pause et prenez le temps de réfléchir. Comprenez que vous êtes directement lié au personnage à l’écran. Marchez, sautez, courez. Faites des mouvements et ne vous mettez pas en pilote automatique, même s’ils sont simples, comme si vous jouiez au jeu pour la toute première fois. Faites-le pendant quelques minutes. L’idée, c’est de pouvoir vraiment évaluer votre façon de jouer. Recommencez cet exercice quelques fois par an, quand vous avez l’impression d’être “coincé” dans votre façon de jouer.

Maintenant, allez dans un magasin et achetez un stylo et un cahier. N’en utilisez pas que vous avez déjà en stock : prenez un cahier qui vous donne envie d’écrire dedans. Il va vous accompagner à toutes les occasions lors desquelles vous jouez à Smash, et il sera aussi important pour vous que votre manette, et de même pour votre stylo.

Dans la première page de votre cahier, écrivez votre nom, votre pseudo, votre main et la stratégie principale de votre main, dans vos propres mots.

À chaque set de tournoi, money match, ou même friendlies compétitives contre un adversaire de niveau correct, prenez des notes. Oui, même si vous gagnez. Ne vous donnez jamais une excuse pour ne pas apprendre. Vous allez écrire le nom du joueur contre qui vous aller jouer, et les personnages qu’il joue. Si vous ne le savez pas, marquez que vous ne le savez pas. Ensuite, notez les stages que vous devriez bannir et ceux que vous devez privilégier, et écrivez pourquoi. Après la partie, notez les stages qui ont été choisis, les counterpicks effectués, le personnage que votre adversaire a choisi de jouer, si vous avez gagné ou perdu, et tout ce que vous avez remarqué. Prenez des notes le plus souvent possible, n’attendez pas forcément la fin du set.

Quand vous prenez ces notes, laissez de la place : vous y reviendrez plus tard. Vous pouvez faire ça de deux façons différentes. La première, et la plus simple, c’est de garder une ou deux pages par set, et de noter seulement sur la moitié supérieure de la page en fin de game. La seconde est de prendre des notes sur la page de gauche en laissant la page de droite vide.

Faites ceci pour chaque game. Après chaque tournoi, il faut que vous puissiez retrouver tout ce que vous avez appris, très facilement. Vos notes doivent indiquer très clairement pourquoi vous perdez. À partir de là, vous pouvez corriger votre stratégie pour trouver une solution à tous vos problèmes et améliorer le reste de votre jeu. Vous pouvez aussi détailler vos notes après le set en ajoutant ce que vous avez remarqué.

L’étude des VODs de parties est sensiblement identique : écrivez tout ce que vous voyez pour pouvoir le retrouver plus tard si vous retombez sur le même problème. Je vais prendre un exemple spécifique ici, pour bien vous montrer comment ça se passe. Commencez par regarder la vidéo et par isoler les interactions, afin d’étudier différents “segments” de cette vidéo. Dans ce guide, pour qu’on ait un bon exemple, je vais analyser un match-up Sheik vs Marth.

http://i.imgur.com/2Kp2pHk.png

Le match entier est là :

Dans cet exemple, Marth a un très léger avantage de position quand Sheik tombe. Sheik réussit à s’échapper de son mauvais placement avec une roulade. Le match devient plutôt neutre pendant quelques instants. Ensuite, Marth réagit mal à la roulade en faisant un grab. La Sheik réagit avec une conversion en dash attack. Sheik peut ensuite garder son avantage jusqu’à battre Marth, puis le match revient à un état neutre. C’est un exemple très simple qui montre qu’un jeu avec des mauvaises réactions a permis à l’adversaire de Marth de le battre. Le Marth aurait pu réagir de plusieurs façons pour reprendre l’avantage, et il faut aussi qu’il note les erreurs commises dans ce cas particulier pour qu’il puisse les éliminer de son jeu. À partir de là, le joueur pourra essayer des nouvelles tactiques et comprendre pourquoi ses choix n’étaient pas les bons dans cette situation. Avec le temps, des nouvelles tendances peuvent devenir évidentes, ce qui peux être utilisé pour développer les décisions de jeu.

En écrivant tout, vous vous donnez un moyen de comparaison clair et précis pour éliminer les mauvais aspects de votre façon de jouer. L’essentiel de l’amélioration d’un joueur professionnel ne se fait pas en apprenant des bonnes choses, mais surtout en éliminant ce qui le fait prendre du retard. Alors que vous cherchez des solutions à des problèmes de plus en plus complexes, vous pouvez innover et ajouter des éléments, ou vos connaissances peuvent vous en proposer. Si vous évaluez chaque stratégie en utilisant les 4 catégories dont nous avons parlé dans la partie précédente de ce guide, il n’y a que deux solutions possibles :

  1. Vous améliorez votre stratégie, donc vos performances.
  2. Vous évaluez mal ou effectuez mal votre nouvelle stratégie.

Comme pour tout à Smash, l’évaluation et la mise en place de techniques prennent longtemps à maîtriser. Ce n’est pas grave. Tant que vous cherchez toujours à vous améliorer, vous pourrez travailler dessus, petit à petit.

Jouer correctement

Pour jouer de la meilleure façon possible, votre exécution doit se concentrer sur les stratégies garanties que j’ai déjà présentées. Si vous pouvez chaingrab, faites-le. Si vous pouvez garantir une mort en edgeguardant simplement, faites-le. Ne donnez jamais une option supplémentaire à votre adversaire.

Pour les techniques que je vais vous conseiller maintenant, il y a deux éléments à toujours garder en tête.

La précision technique

Vous n’avez aucune excuse si vous ne jouez pas avec la bonne technique. Votre spacing doit être parfait. Vous ne devez pas rater un seul cancel. Votre timing doit être idéal. La définition même du tech skill, c’est que vous pouvez faire ce que vous voulez faire.

Mieux vous pourrez wavedash, ou chaingrab, ou platform drop, mieux vous jouerez. Il vous faut un taux de réussite de 100%. Vos coups doivent frapper exactement là où vous voulez qu’ils touchent, vous devez savoir exactement où votre personnage peut dashdance, ou à quelle distance vous pouvez wavedash out of shield. Si vous ne le savez pas, entraînez-vous jusqu’à détester ces techniques.

Le mindgame

Pourquoi ai-je mis cette section ici ? Je voulais en parler en détail en revenant sur le sujet des stratégies Limitées de plus tôt dans cette série. Rappelez-vous de ce qu’est un mindgame : piéger votre adversaire. Pour le piéger, il faut que vous puissiez mieux jouer que lui, c’est un prérequis. Ces actions donnent à votre adversaire un moyen superflu d’agir contre vous, et dans ce cas, vous feriez mieux d’utiliser une stratégie moins risquée. Comprenez et acceptez que si vous deviez choisir entre être le joueur le plus intelligent et être le joueur le plus technique, vous choisiriez la technique. Alors que le jeu évolue, la catégorie des « techniques viables » rétrécit peu à peu, alors que les joueurs apprennent à les contrer. Les techniques les plus efficaces, au final, sont celles contre lesquelles on ne peut rien. C’est le cas pour presque tous les jeux compétitifs, et Melee n’est pas une exception.

Il faudra parfois prendre un risque dans votre façon de jouer parce qu’aucune situation n’est viable à cet instant précis, même fuir pour reprendre à zéro et reconstruire votre avantage. Ces moments sont très difficiles à identifier, et je peux difficilement vous donner des conseils pour les reconnaître ;  à vous de deviner. En général, ces situations sont rares, spécifiques à une toute petite interaction, et vous pouvez quand même vous en sortir avec une technique Limitée. Sachez donc qu’elles existes, mais que vous ne les rencontrerez presque jamais.

La mentalité de la compétition est telle que la meilleure façon de gagner, dans presque tous les jeux compétitifs, est de garder un avantage constant et assuré tout le temps. Si vous gagnez, creusez l’écart pour gagner. Si vous avez deux stocks et l’autre un, vous pouvez faire un kill garanti quitte à vous suicider : vous avez peut-être perdu une stock, mais vous avez assuré votre victoire. À l’opposé, si vous avez du retard, vous pouvez vous permettre de prendre un peu plus de risque, parce que vous êtes obligé de sortir d’une situation désavantageuse. Sachant ces deux choses, vous comprendrez bien qu’il faut profiter le plus possible de la première. Dès le début du match, vous devez chercher à gagner un avantage, même infime, sur votre adversaire, puis à le maintenir le plus longtemps possible. Puisqu’on fait toujours de notre mieux, il faut que vous utilisiez immédiatement vos plus grandes forces. Comprenez qu’il n’y a aucune différence entre une victoire avec 4 stocks et une partie très serrée qui se termine par une victoire de justesse. Utilisez donc intelligemment vos ressources, comme dans cette vidéo (4:00) :

Quand vous cherchez une stratégie pour piéger votre adversaire, n’oubliez pas qu’il a toujours des options qui s’offrent à lui, et que votre stratégie s’appuie sur votre capacité à le manipuler. Tant que votre adversaire peut agir, il a une chance de vous battre, et ça sera souvent le cas. Il faut éliminer toute possibilité de victoire de votre adversaire, en gardant un maximum de techniques Garanties. Tant que les meilleures techniques vous donnent le plus grand avantage, les mindgames sont une stratégie sub-optimale, et les jouer est une « erreur » à enlever de votre processus de décision. Il y a bien sûr des exceptions, mais elles sont extrêmement rares, comme dit plus haut.

Même si mes stratégies « Limitées » présentées sont un mix-up dans certains cas, elles ne sont pas faites pour manipuler votre adversaire, mais sont seulement des alternatives moins efficaces à vos stratégies « Garanties ». Le mindgame n’est pas une stratégie optimale. Effectuer des techniques qui ne donnent aucune chance à votre adversaire, si. Jouez proprement, ne ratez aucun coup, et ne laissez pas à l’adversaire la possibilité de gagner.

Le niveau technique

Il faut que nous parlions ici de deux facettes principales de la technique. La première est la constance, qui est un problème pour énormément de joueurs. Les problèmes de constance ne sont pas si importants qu’on le dit. Demandez-vous d’abord si vous pouvez simplifier l’action que vous voulez faire, ou si un équivalent plus simple existe. Rendre le jeu plus facile physiquement vous aidera beaucoup en réduisant le nombre d’erreurs que vous faites. Quelle que soit la réponse, la seule façon de vous améliorer est de vous entraîner. Jusqu’à ne plus en pouvoir. Le seul moyen de réussir, c’est de l’entraînement jusqu’à plus soif.

Le deuxième problème le plus souvent rencontré est la précision. Pour s’entraîner, on vous conseille souvent de travailler action après action, puis de faire la séquence complète aussi rapidement que possible. Pour vous assurer de bien faire, réglez un métronome à la vitesse exacte que votre séquence d’inputs devrait durer, et entraînez-vous à respecter ce rythme.

L’agressivité

Dans les jeux de combat, on présente souvent l’opposition entre le jeu offensif et le jeu défensif. À bas niveau, la défense est souvent plus intéressente, mais nous ne parlons pas du jeu à bas niveau dans cet article.

Oubliez toute notion d’attaque ou de défense. Une approche stratégique du jeu implique de tout considérer comme égal, et toute action à haut niveau est à la fois offensive et défensive. En théorie, un jeu purement défensif permet à l’adversaire de bouger sans prendre de risque, et un jeu purement offensif lui laisse la porte ouverte pour choisir comment agir contre vous. Pour gagner, il faut évidemment que l’adversaire soit à la fois en danger et incapable de se retrancher.

Attaquer votre adversaire est la pire chose que vous puissiez faire. « Foncer dans le tas » consiste en ouvrir votre garde contre l’adversaire, ce qui inclut un risque de le laisser vous attaquer également. Vous lui donnez la chance de répliquer et de vous battre – et il gagnera probablement, parce que le jeu défensif a souvent l’avantage.

De même, si vous voulez jouer de façon défensive, c’est un peu mieux parce que vous n’offrez pas l’opportunité à votre adversaire. Mais vous attendez que votre adversaire vienne vous attaquer pour avoir l’occasion de le battre. C’est vrai en soi, mais c’est problématique, parce que vous ne pouvez pas prendre le contrôle du jeu et de ses interactions, et donc, que vous ne pouvez pas mettre en place une stratégie complète.

La meilleure chose à faire est donc de mélanger les deux dans une seule stratégie homogène qui vous permet de maximiser les aspects positifs des deux. Ça semble évident quand on y pense, mais quand on travaille sur une stratégie, on ne le fait presque jamais. Ne cherchez pas à avoir un style de jeu offensif ou défensif. À la place, je vais désormais utiliser le terme « agressivité ». L’agressivité n’implique pas de faire un effort pour aller toucher l’adversaire. Plutôt que d’utiliser l’attaque pour interagir avec votre adversaire, tirez parti des mouvements pour toujours pouvoir attaquer, sans laisser à votre adversaire la possibilité de faire de même. Voilà à quoi ça ressemble en pratique (7:11) :

En reprenant l’ensemble des comportements de cette façon, l’interaction avec l’adversaire passe du statut d’énorme erreur à celui de situation très avantageuse. Si vous êtes offensif, « ça passe ou ça casse ». Avec une bonne agressivité, c’est pareil, sauf que si ça ne passe pas, l’adversaire n’en retire aucun avantage, et c’est là que le jeu « défensif » prend toute son importance. Des bons déplacements finissent par vous donner les avantages du défensif et de l’offensif sans le moindre désavantage.

Cette idée s’appuie sur des anciens concepts, mais elle résume également à peu près tout ce dont j’ai parlé jusqu’à maintenant. Vous devrez créer un plan de jeu qui minimise ou élimine le risque. Vous devez maximiser vos chances d’interagir favorablement avec votre adversaire tout en minimisant les siennes d’agir favorablement contre vous. Vous devez choisir quand et comment vous engagez l’adversaire et comment vous dicterez le match en utilisant le positionnement et le contrôle du stage. Vous devez utiliser ces caractéristiques pour assurer que vous aurez toujours l’avantage. Ce n’est pas facile, loin de là, mais c’est une compétence, et comme toute compétence, ça se travaille et ça se maîtrise.