Lire l’original sur Smashboards (en anglais)

L’état d’esprit

Plus tôt dans mon guide, j’ai parlé de ne pas voir le jeu de façon biaisée par vos émotions. C’était vraiment pour vous rappeler de rester objectif en tant que joueur, mais maintenant qu’on a parlé de beaucoup de choses en détail, je pense qu’on peut s’intéresser à cette question d’un peu plus près. Vous pensez peut-être que je suis mal placé pour vous parler d’état d’esprit : après tout, je suis connu pour être très pragmatique et méthodique dans ma façon de jouer, et dans n’importe quel type d’interaction, en fait. Mais j’ai commencé comme beaucoup d’entre vous, quand j’ai compris que le jeu incluait à le fois une approche technique et les mindgames. Avec le temps, je me suis éloigné du concept de mindgames, que je voyais comme imparfaits et moins bien construits qu’une stratégie précise. J’ai donc développé une approche plus procédurale du jeu, avec des résultats prévisibles et clairs qui permettent une amélioration continue. Ce n’est donc pas très surprenant que je poste cette théorie sur comment apprendre Smash, basée sur mes expériences précédentes. Cependant, j’ai fait ce choix de façon consciente, et je voudrais en partager les raisons avec vous.

Beaucoup de gens ici seront d’accord avec moi si je dis que les émotions causées par la victoire ou la défaite vous desservent. Du coup, ces personnes essaient de ne pas avoir d’émotions en jouant. C’est un piège dans lequel nous sommes beaucoup à tomber, et ça écoeure rapidement du jeu. Si c’est ce que vous faites vraiment, pourquoi est-ce que vous lisez ce guide ? Pourquoi est-ce que vous jouez au jeu ? Qu’est-ce que vous en retirez ? Quel est votre objectif ? Il faut s’amuser en jouant, y trouver un intérêt intellectuel, ou vous allez vite vous désintéresser et gâcher tous vos efforts. Vous ne pouvez pas vraiment faire semblant de ne croire en rien, d’ailleurs. Je sais que c’est niais au possible de dire “crois en toi et tous tes rêves deviendront réalité !”, mais c’est plus vrai que le contraire. Il faut avoir un objectif, il faut sincèrement croire qu’on est capable de l’atteindre. L’approche “faire comme si on savait faire jusqu’à ce qu’on y arrive” a ses mérites pour régler un problème, et après, tout, s’améliorer à Smash n’est rien de plus qu’une longue suite de solutions à trouver.

 

L’état d’esprit qui a le mieux fonctionné pour moi jusqu’à aujourd’hui était d’aimer gagner, d’apprendre de mes défaites – mais d’apprendre d’une façon intelligente, qui ne me permet pas de rater le plaisir du jeu en général. Pouvoir transformer les expériences positives et négatives en quelque chose d’agréable vous permet vraiment de prendre du recul pour évaluer votre situation de façon saine et utile. Vous pouvez être content de chacun de vos match, ce qui vous motive à jouer toujours autant et à vous intéresser au jeu pour de bon. Prenez le temps de réfléchir un instant à ce que vous faites quand vous passez dix minutes devant l’écran en quarts de Winner.

 

Je vais vous donner un exemple inhabituel :

https://www.youtube.com/watch?v=HNBHW2i4cJI

 

Quelqu’un m’a envoyé ça pendant que j’écrivais. Je suppose qu’en général, on dit que c’est bête et drôle. J’en suis conscient. Mais savez-vous ce que je vois d’autre dans cette vidéo ? La technique du joueur est assez impressionnante. J’apprécie autant le niveau de précision et les efforts fournis que la drôlerie de la vidéo. J’aimerais que vous sachiez tous considérer ce qui vous entoure de plusieurs façons, comme ça.

 

Mais revenons-en à Smash. Même si vous faites des erreurs en jouant, que vous ayez gagné ou perdu, vous pouvez les noter de façon objective et détachée, en restant calme et en les utilisant pour la suite du tournoi. Si vous vous sentez mal à cause du jeu, vous devez absolument prendre du recul et souffler. Le moral détruit par un combo au milieu d’un match ? Restez un peu plus longtemps sur la plate-forme qui vous ramène au stage, vous pouvez vous reposer un peu. Vous avez eu un mauvais premier match ? Prenez des notes, comme je l’ai déjà dit plus tôt : ça vous mettra à nouveau dans un schéma de réflexion actif mais émotionnellement moins chargé. Tous les joueurs font des erreurs, à tous les niveaux. Surtout vous, maintenant que vous pouvez vous en rendre compte !

Si le jeu vous fait vous sentir mal, vous êtes probablement en train de faire une erreur. Un combo vous a détruit en plein match ? Utilisez votre période d’invincibilité pour souffler un peu. Vous avez eu une game difficile ? Prenez des notes entre chaque match : avec l’habitude, vous aurez une espèce de remise à zéro psychologique qui vous remettra dans un schéma de réflexion actif, mais émotionnellement neutre. Tous les joueurs font des erreurs, à tous les niveaux. Surtout vous, cher lecteur, maintenant que vous avez aussi appris à identifier vos erreurs. Gardez simplement à l’esprit que certains joueurs vous donneront une victoire, et qu’il faut faire de votre mieux pour ne pas leur rendre la pareille. Une partie plus difficile, où vous avez la victoire au dernier stock, ça fait souvent plus plaisir, mais une victoire reste une victoire et c’est tout ce sur quoi vous devriez vous concentrer.

En bref : faites-vous plaisir, que vous gagniez ou perdiez, faites vraiment attention à ce que vous observez, et prenez des mesures actives, même si elles ne sont pas drastiques, pour rester concentré sur votre objectif final. Entraînez-vous et étudiez, comme dans toute discipline ou pour toute compétence. Ne vous trouvez pas d’excuse, ne vous laissez pas stagner, ne vous satisfaites pas d’un résultat médiocre. Apprenez, améliorez-vous, mettez-y les efforts et le temps qu’il faut. Il n’y a pas de « truc » pour devenir bon. Il faut juste être intelligent et travailler dur.

 

Les joueurs de bas niveau

Il serait sage de faire preuve de modération quand vous jugez votre niveau ou celui d’autres joueurs. Essayez de ne pas considérer un joueur comme bon ou mauvais ; c’est un joueur, c’est tout, et ses matchs sont bons ou mauvais pour une raison précise.

Tout le monde a l’air de détester les mauvais joueurs. En réalité, ils sont une partie intégrante de toute communauté de jeu vidéo compétitif. Sans mauvais joueurs, il ne peut pas y avoir de bons joueurs, parce que le niveau en compétition est relatif. Vous pouvez être un très mauvais joueur et être le meilleur joueur du coin, et soudain vous serez le « bon » joueur. Plutôt que de juger ces joueurs, apprenez à les aimer autant que vous aimez l’agneau qu’on assassine pour vous apporter votre keugré bien vnr.

Les mauvais joueurs ajoutent un facteur non négligeable à tous les tournois : des participants. Les mauvais joueurs, c’est la grande majorité des participants à un tournoi. Plus important encore, ils participent au cash prize. Quand vous jouez contre un mauvais joueur, remerciez-les intérieurement d’être mauvais. Sans eux, vous ne pourriez pas avoir l’impression d’être bon. Leur nullité remplit votre portefeuille. Ne soyez pas méchant avec eux, ne les découragez pas de s’inscrire aux tournois, ne serait-ce que pour votre argent. Quand vous jouez avec eux, acceptez votre victoire « gratuite », prenez votre kebab et passez au suivant.

No Johns

Si vous jouez un minimum sérieusement à Smash, vous avez sûrement déjà entendu l’expression « No Johns ». Elle vient d’un joueur de la côte Est pertinemment nommé « John », et connu pour ses plaintes au sujet du jeu. No Johns est une réponse venue des autres joueurs qui ne voulaient plus l’entendre geindre. Après un certain stade, on s’en fout que vous ayez raison ou non de vous plaindre, on ne veut juste pas l’entendre. C’est votre problème, pas le nôtre.

No Johns est devenu une sorte de philosophie de vie. Quand vous entendez quelqu’un dire No Johns, ça veut dire qu’il ne veut pas entendre vos chouinements. Ce n’est pas qu’il ne vous aime pas ou qu’il vous manque de respect, ce n’est pas une attaque personnelle. C’est une façon un peu rude de vous rappeler de vous reconcentrer. Vous êtes responsable de votre réussite. À la fin d’un set, vous êtes le seul à devoir rendre des comptes sur votre performance. Il existe deux réactions possibles après avoir entendu « No Johns » :

  1. Vous êtes vexé et n’aimez pas qu’on vous insulte
  2. Vous acceptez votre part de responsabilité dans le résultat de la partie et vous assumez.

Être le responsable de son destin est une des plus belles choses qui nous soient données, et je vous encourage à accepter gaiement l’idéologie des No Johns. Vous contrôlez parfaitement ce qu’il se passe. Vous n’avez pas d’excuse, vous ne rationalisez pas, vous ne vous mentez pas à vous-même. Il n’y a pas de hasard, pas d’autres responsables, pas de chance. Vous avez mal joué parce que vous aviez mal dormi ? Trouvez des meilleures conditions la prochaine fois. Vous avez perdu un matchup en particulier ? À vous de le travailler.

En dehors de Smash, c’est pareil. Vous n’êtes pas content de votre salaire ? De votre poids ? De votre capacité à voyager ? No Johns, à vous d’adapter votre carrière, votre régime, vos activités sportives, et de vous déplacer d’autres manières. Et même si c’est beaucoup de travail, vous pouvez toujours le faire. Devenez le maître de votre vie et saisissez l’opportunité de choisir ce qui vous arrive.

N’attendez pas que le contexte change et ne vous donnez pas d’excuses. Soyez honnête avec vous-même, sur ce que vous voulez et ce que vous allez faire pour l’atteindre. Faites ce que vous aimez faire, ce que vous rêviez de pouvoir faire, ce que vous avez toujours voulu faire, n’attendez pas. Peut-être que c’est impossible : n’attendez pas avant de le découvrir. Surmontez les obstacles quand c’est possible. Arrêtez de procrastiner. S’il y a bien une seule chose à retenir de cet article, c’est celle-ci :

Ne vous plaignez pas. Ne vous justifiez pas. No Johns.

Comments

comments